Réglementation des exosquelettes au travail : ce que doit savoir l'employeur

Code du travail, document unique, règlement machines, EPI, norme NF X35-800 : le cadre applicable aux exosquelettes en entreprise, d'après l'INRS.

Introduction : un cadre réglementaire en plusieurs morceaux

Un exosquelette de travail est-il un équipement de protection individuelle ? Une machine ? Un dispositif médical ? La réponse dépend du produit et de ce que revendique son fabricant. Il n'existe pas de « loi exosquelette » unique : l'employeur doit s'appuyer sur les règles générales de prévention, et sur quelques textes et normes selon le type d'appareil.

Cet article résume ce que disent les sources officielles, en particulier l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité). Il ne constitue pas un conseil juridique : en cas de doute, rapprochez-vous de votre service de prévention et de santé au travail. Une partie des sources citées date de 2018 ; les textes évoluent, vérifiez toujours leur état actuel.

 

Chapitre 1 : les textes qui peuvent s'appliquer

  • Le Code du travail, d'abord. L'employeur doit évaluer les risques et retranscrire le résultat dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (articles L4121-1 et suivants). Le Code fixe aussi des principes généraux de prévention, dont la priorité donnée aux mesures de protection collective sur les mesures individuelles.

  • Le droit européen des machines. D'après l'INRS, seuls les exosquelettes robotisés relèvent de la directive « machines » 2006/42/CE ; les modèles non robotisés, conçus uniquement à partir d'éléments mécaniques (ressorts, élastiques), n'en relèvent pas. Le règlement (UE) 2023/1230 remplace cette directive et s'applique à partir de janvier 2027.

  • Les équipements de protection individuelle (EPI). Dans sa FAQ, l'INRS indiquait que les exosquelettes de travail n'étaient pas des EPI, faute de preuve démontrée de leur efficacité contre un risque précis. Le fabricant doit indiquer, dans sa déclaration de conformité, à quels textes il rattache son produit.

  • Les dispositifs médicaux. Un exosquelette à finalité médicale (rééducation, compensation d'un handicap) relève du règlement (UE) 2017/745, ce qui est un tout autre parcours de certification.

  • Les normes volontaires. Elles ne sont pas obligatoires mais servent de référence : voir le chapitre 3.

 

Chapitre 2 : ce que l'employeur doit faire

D'après l'INRS, l'exosquelette utilisé au travail doit être intégré à l'évaluation des risques professionnels et figurer dans le document unique. Concrètement :

  • Commencer par la conception du poste. Avant d'équiper des salariés, privilégier les mesures techniques, organisationnelles et collectives (aides à la manutention, réorganisation, aménagement du poste). L'exosquelette ne remplace pas la prévention à la source.

  • Définir l'objectif. L'employeur définit et fait connaître clairement ce qu'il attend de l'équipement, en plaçant la santé des salariés avant les gains de productivité.

  • Associer les acteurs. Le service de prévention et de santé au travail et les représentants du personnel doivent être impliqués.

  • Suivre dans la durée. Évaluer les effets à court, moyen et long terme : indicateurs de santé, acceptation par les utilisateurs, confort, maintenance.

 

Chapitre 3 : la norme NF X35-800 (2023)

Publiée en août 2023, la norme française NF X35-800 décrit une méthode d'intégration des dispositifs d'assistance physique de type exosquelette : expression des besoins, sélection, conception, évaluation et déploiement. Elle vise les organisations utilisatrices comme les concepteurs et intégrateurs, dans tous les secteurs d'activité.

Deux limites à garder en tête : c'est une norme volontaire, et elle porte sur l'usage professionnel uniquement. Elle ne couvre ni le médical, ni le sport, ni les loisirs, et ne constitue pas une certification de qualité des exosquelettes.

Au niveau international, la norme ISO 13482 fixe des exigences de sécurité pour les robots d'assistance personnelle, dont les exosquelettes non médicaux de type contention. Des chercheurs ont relevé qu'elle ne traite pas tous les cas d'usage : la conformité n'exclut pas tout risque.

 

Chapitre 4 : les risques propres à l'exosquelette

L'INRS rappelle qu'un exosquelette peut lui-même créer des risques : les risques classiques des machines (mécaniques, électriques, thermiques, bruit et vibrations pour les modèles motorisés), mais aussi des postures contraignantes, du stress, de la fatigue cognitive, des troubles proprioceptifs et des pertes d'équilibre ou des chutes. D'où l'importance d'un essai sur le poste réel avant tout déploiement.

 

Chapitre 5 : que demander au fabricant avant l'achat

  • La déclaration de conformité et les textes ou normes auxquels il rattache le produit.

  • Le champ d'usage prévu : quels gestes, quelles charges, quelles morphologies.

  • La notice et la formation à l'utilisation, ainsi que les consignes de maintenance.

  • Les conditions d'essai sur site avant achat.

  • Les données disponibles sur l'efficacité : demandez leur source, et comparez-les aux réserves de l'INRS sur le manque de preuves scientifiques d'une réduction des TMS.

Sur nos fiches produits, les certifications affichées (CE, etc.) sont celles annoncées par les fabricants : nous ne les vérifions pas de manière indépendante (voir notre méthodologie).

 

Questions fréquentes

Un exosquelette est-il obligatoire ou recommandé par la loi ?

Non. Aucun texte n'impose l'exosquelette. La loi impose d'évaluer et de prévenir les risques ; l'exosquelette n'est qu'une solution possible, à envisager après les mesures collectives et organisationnelles.

Faut-il l'inscrire dans le document unique ?

Oui. D'après l'INRS, l'exosquelette utilisé au poste de travail doit être intégré à l'évaluation des risques et retranscrit dans le document unique.

Un exosquelette est-il un EPI ?

Selon la FAQ de l'INRS (2018), les exosquelettes de travail n'étaient pas considérés comme des EPI faute de démonstration d'efficacité contre un risque défini. Demandez au fabricant sous quel régime il classe son produit.

La norme NF X35-800 est-elle obligatoire ?

Non, c'est une norme volontaire. Elle fournit une méthode d'intégration en milieu professionnel, mais ne certifie pas un produit.

Un exosquelette prévient-il les TMS ?

L'INRS soulignait dans sa FAQ l'absence de preuves scientifiques établies d'une réduction des troubles musculo-squelettiques. Un exosquelette peut soulager un geste précis, mais il ne remplace pas l'amélioration du poste de travail.


Sources


Pour aller plus loin

Retrouvez nos guides métiers : exosquelette de manutention par métier, mal de dos au travail et TMS, exosquelette sur les chantiers et la gamme Hapo. Pour choisir parmi toutes les familles, voir le comparatif général 2026.

Questions liées

  • Existe-t-il une norme pour les exosquelettes ?

    Oui pour l'intégration au travail : la norme NF X35-800, publiée par l'AFNOR le 2 août 2023, décrit une méthode d'intégration des dispositifs d'assistance physique de type exosquelette. Elle ne s'applique qu'aux situations de travail : les usages médicaux, sportifs et de loisirs sont exclus. Aucune norme ne certifie un exosquelette comme équipement de protection individuelle.

    Lire la réponse →
  • Un exosquelette affaiblit-il les muscles à force de l'utiliser ?

    C'est un risque que cite l'INRS : une désadaptation musculaire et une fonte musculaire locale à moyen terme, ainsi que des perturbations sensorielles après le retrait. L'INRS note aussi que ces technologies sont trop récentes pour connaître les effets à long terme. Ceci n'est pas un avis médical.

    Lire la réponse →
  • Comment intégrer un exosquelette dans une entreprise, étape par étape ?

    La démarche décrite par le centre de gestion de Seine-Maritime, qui s'appuie sur la norme NF X35-800, suit quatre phases : expression des besoins, sélection, évaluation, déploiement. Le déploiement commence par un pilote avec des volontaires, puis se généralise progressivement, avec un suivi continu et le médecin du travail associé.

    Lire la réponse →
  • A-t-on du recul sur les effets d'un exosquelette à long terme ?

    Pas vraiment. L'INRS répond que ces technologies sont relativement récentes : l'intégration industrielle en France a commencé vers 2015, et il existe peu de mises en œuvre durables. On ne connaît donc pas bien les effets à long terme, en bien comme en mal. Cette page date de 2018. Ceci n'est pas un avis médical.

    Lire la réponse →
  • Un exosquelette peut-il fatiguer le cœur ou augmenter l'effort cardiaque ?

    Oui, cela peut arriver. L'INRS répond que le port d'un exosquelette peut augmenter le coût cardiaque lors de tâches de manutention, avec un exemple d'environ 15 % en moyenne. Ce chiffre vient d'un exemple, il n'est pas général. En cas de problème cardiaque, demandez l'avis de votre médecin. Ceci n'est pas un avis médical.

    Lire la réponse →
  • Un exosquelette est-il un dispositif médical ?

    Cela dépend de la finalité annoncée par le fabricant. Un exosquelette destiné à un usage médical relève du règlement européen sur les dispositifs médicaux ; un modèle de sport ou de travail ne l'est pas d'office. Le Stoko K1 se présente comme un dispositif médical de classe 1 (FDA et Santé Canada), ce qui reste une déclaration du fabricant.

    Lire la réponse →